Didier Morin

Les Semelles d'or, le voyage de Jean Genet

Ed. Comp’act, La petite école,
2002

Didier Morin - Les Semelles d'Or, le Voyage de Jean GenetJe n’avais rien lu de Genet et ne connaissais rien de sa vie, j’ignorais tout du mythe qu’il avait créé et de l’importance de ce lieu dans son œuvre. C’est en questionnant mon père que j’appris ce qu’avait été la colonie. Bien que n’étant pas originaire de Touraine, il se souvenait de Mettray comme d’une menace dans sa jeunesse, pour les garçon qui ne filaient pas droit. Un lieu de rééducation par le travail de la terre.

Géographiquement, l’ancienne colonie agricole est très étendue ; il était donc facile pour moi, à bicyclette, des deux petites routes qui la bordent, l’une au Sud et l’autre à l’Ouest, d’observer ce qui s’y passait, d’essayer de comprendre l’architecture, et d’y chercher les signes du passé. Je distinguais deux espaces, l’un ouvert à l’infini sur les terres et les bâtiments de fermes, l’autre fermé de chaque côté par des pavillons alignés – dortoirs, ateliers –, et par la chapelle à l’architecture vaguement espagnole où se trouvaient les cachots. Dans quel espace se sentaient-ils le plus libres ? N’y avait-il pas ici quelque chose d’inhabituel dans le fait de passer de « l’ombre à la lumière » aussi vite, et d’y revenir ? Qu’elle avait été cette prison à l’espace sans limite ?...

pp.47-48