Didier Morin

CARNAC

1990
7’
Réalisation Studio UPIC
Collection FNAC

Texte d'Agnes Clerc

Entretien avec Emmanuel Hermange à l’occasion de la parution de Carnac, aux éditions Monum, 1983.

Emmanuel Hermange - Comment la création de la pièce sonore a-t-elle pris forme par rapport à l’expérience photographique ?

Didier Morin - En 1986, j’ai commencé à mesurer les pierres, puis j’ai photographié des alignements ; à partir de ces photos, j’ai dessiné un relevé, et je l’ai complété par des mesures sur le terrain. Je songeais alors à une sorte de grand dessin déployant tout le site de Carnac.

EH - Etait-ce le désir d’établir la cartographie d’un monde dans lequel vous vous étiez enfermé pour en avoir une vision globale, pour en sortir peut-être, pour passer d’une relation intuitive au site à une perception intellectuelle, la carte supposant une opération d’abstraction qui crée le territoire?

DM - Oui, et une fois que j’ai achevé le relevé, je l’ai étalé au sol dans mon atelier, afin d’établir un rapport d’échelle entre les deux territoires. Un pas dans l’atelier en valait plus de trois cent sur le site. Je n’avais pas fait un relevé exact, scientifique, mais cependant cette première vision de l’ensemble du site, jouant comme un acte d’appropriation, a précipité l’expérience. Le relevé pouvait correspondre aux très anciennes partitions musicales chinoises. C’est de là que met venue l’idée de le traduire musicalement. L’IRCAM m’a dirigé vers Iannis Xenakis et le Centre d’Etudes Mathématiques et Musicales où se trouvait l’UPIC, l’ordinateur qu’il avait mis au point dans les années soixante. C’est Kostas Axelos qui m’a mis en contact avec Xenakis. Après un temps de formation, j’ai pu louer le studio et y travailler pendant un peu plus de deux mois. L’ordinateur était complexe et m’a imposé de redessiner le site sur une table graphique et électronique ; il m’a fallut donner aux points du relevé une matière lisible par l’ordinateur. Je souhaitais obtenir un son continu, et non une succession de notes. J’ai alors considéré Carnac comme un bloc, un rectangle avec des pleins et des vides. La route qui coupe le site allait donc devenir un silence et le granit un son. C’est cette transmutation qui m’intéressait. Passer de la densité et du poids à l’immatériel. Ensuite, l’essentiel du travail fut d’associer à chaque zone du relevé un timbre et une enveloppe que je devais dessiner. Pour le timbre, j’ai choisi ma voix. A partir d’un échantillon d’une fraction de seconde, l’ordinateur créait des modulations pour l’ensemble du relevé. Ainsi, une fois déterminés le timbre et les différentes enveloppes l’UPIC a scanné le relevé et réalisé la pièce en temps réel. En un peu moins de sept minutes Carnac est devenu sonore.

Extraits